ÉDITO : La croissance, tout le monde l'a vue. Qui va la raconter ?
En mars, Radio-Canada annonçait « une belle croissance qui s'opère » dans le golf québécois. Six mois et une saison complète plus tard, on peut confirmer une affaire : la croissance est réelle. Ce qui manque encore, c'est quelqu'un pour la suivre.
Tu te souviens du printemps ? Les terrains ouvraient tard, le plus tard depuis 1997 selon Audrey-Ann Comeau, qui travaille au Club de Golf Les rivières, la météo boudait, et pourtant, tout le monde jasait de la même chose : le monde revient au golf.
Radio-Canada avait sorti un portrait qui disait tout haut ce qu'on voit sur les tertres depuis deux ou trois ans. Zach Valois, 25 ans, qui a recommencé à jouer avec ses chums en 2023 et qui enfile maintenant 70 départs par été. Vicky McKenna, 30 ans, qui a attrapé la piqûre pendant la pandémie et qui ne peut plus s'arrêter. Le club Saint-Raphaël, sur L'Île-Bizard, passé de 200 membres il y a une quinzaine d'années à 650 aujourd'hui, selon son directeur des opérations golf Michel Landry.
Et David Bérubé, directeur régional du Québec à l'ANPTG, qui parle au nom de 160 terrains et qui pointe les programmes juniors comme un des moteurs de cette montée.
Ça, c'était en mars. Depuis, on a eu une saison au complet pour vérifier.
Le verdict de l'été 2026
Regarde ce qui s'est passé sur nos parcours pendant que les gens jasaient de croissance.
Antoine Jasmin a gagné le Duc de Kent avec un 60. Un 60. Il a enchaîné avec l'Alexandre de Tunis au 18e trou. Alexis Rouleau, un ado de la Vallée du Richelieu, est allé chercher un top 5 mondial à la Coupe du monde junior au Japon et un top 3 au Player’s Championship, contre les meilleurs au monde. Anthony Jomphe a ramené un titre canadien universitaire à Chicoutimi. Joey Savoie a signé sa première victoire de la saison sur le PGA Tour Americas… et il a fait la coupure à un tournoi de la PGA, une première en 29 ans. Justine Emond et Léonie Tavares ont montré que la relève féminine pousse aussi fort que celle des gars.
Ce n'est pas une croissance, ça. C'est une génération.
Et ce qu'on constate à Swing Ton Swing, c'est que la croissance dont parlait Radio-Canada en mars n'est pas juste une affaire de membres et de départs vendus. C'est aussi une affaire de talent qui sort du sol.
Le paradoxe québécois
Voici ce qui me fatigue.
Le Québec compte 1,2 million de golfeurs. Les clubs sont pleins. Les jeunes reviennent. Les programmes juniors marchent. Nos joueurs gagnent partout, du Japon à l'Équateur en passant par Saint-Georges.
Et le seul média grand public qui en parle, c'est Radio-Canada, une fois au printemps, pour dire que les terrains ouvrent.
Zach Valois joue 70 rondes par été. Penses-tu qu'il sait qui est Antoine Jasmin ? Qu'il a suivi le provincial junior ? Qu'il connaît le nom du gars de Chicoutimi qui vient de gagner le championnat universitaire canadien ? Probablement pas. Non pas parce que ça ne l'intéresse pas, mais parce que personne ne le lui raconte.
Michel Landry dit que les clubs veulent rajeunir leur âge moyen pour assurer la relève. Il a raison. Mais la relève, ce n'est pas juste des nouveaux membres de 30 ans avec un sac neuf. C'est aussi les jeunes qu'on va suivre, dont on va connaître le nom, qu'on va encourager d'une saison à l'autre. Un sport grandit quand il a des histoires. Le hockey a ses histoires. Le soccer commence à en avoir. Le golf québécois en a plein, et elles restent dans les fiches de Golf Genius que personne ne lit.
Ce qu'on va faire avec ça
La croissance, elle est là. Radio-Canada l'a documentée, la saison l'a confirmée. Maintenant, la job qui reste, c'est de garder ce monde-là. Et pour garder quelqu'un dans un sport, il faut lui donner une raison de s'y intéresser 12 mois par année, pas juste quand il a un départ à 7 h le samedi.
C'est exactement pour ça que Swing Ton Swing existe. Suivre les Québécois que personne d'autre ne suit. Raconter les juniors avant qu'ils deviennent des pros. Donner à Zach Valois et à Vicky McKenna quelque chose à lire entre deux rondes, puis quelque chose à suivre l'hiver quand les terrains sont fermés.
La croissance, tout le monde l'a vue. Nous autres, on va la raconter.
Swing ton swing.