La cut ratée de Scheffler tombe au meilleur moment à Birkdale
Le mardi d'un majeur sert normalement à meubler l'attente; celui de Royal Birkdale a plutôt réglé la question qui flottait depuis vendredi dernier: dans quel état d'esprit débarque Scottie Scheffler après sa première cut ratée en près de quatre ans? La réponse, livrée au micro avec le flegme habituel du Texan, renverse la lecture facile. Ce week-end de congé involontaire au Genesis Scottish Open lui a offert deux journées de plus sur un links qu'il n'avait jamais joué en compétition, et le numéro un mondial arrive jeudi avec 36 trous de reconnaissance dans les jambes et, selon ses mots, l'esprit « en paix ». Pendant que le reste du plateau qualifiait les conditions de jamais vues, la vraie histoire du mardi était là: la pire semaine de Scheffler en quatre ans est peut-être en train de devenir son meilleur atout.
Le congé forcé devenu camp d'entraînement
Les chiffres d'abord: la cut ratée en Écosse a mis fin à une séquence de 78 départs consécutifs sur le PGA Tour avec week-end à la clé. Un journaliste britannique s'est excusé de commencer par une question « brutale » sur ce congé rare; Scheffler a désamorcé d'une réplique, puis remis les choses en perspective: « I felt like coming in second at Travelers hurt more than missing the cut, but missing the cut is significantly more frustrating », finir deuxième au Travelers a fait plus mal que rater la cut, mais rater la cut est nettement plus frustrant (traduction libre).
La suite est plus intéressante que la confession: parti de l'Écosse samedi, il a joué 18 trous dimanche à Birkdale, puis 9 trous lundi et encore 9 mardi, sur un parcours où il n'a jamais disputé un seul coup officiel. « Reset the mind. Reset the body », remettre l'esprit et le corps à zéro (traduction libre), a-t-il résumé. Pour un champion en défense, dans une semaine où les demandes médiatiques s'empilent, deux journées de préparation volées au calendrier valent de l'or.
« Sans précédent »: le vestiaire est unanime
L'autre consensus du mardi portait sur le terrain, et les mots choisis donnent le ton. Jon Rahm a prédit que certains coups de 6 fer pourraient voyager 280 verges avec les rafales de la mer d'Irlande dans le dos: « It's unprecedented for sure », c'est sans précédent, c'est certain (traduction libre).
Justin Rose voit le rough brûlé comme une invitation: couper les coins, accepter un coup de wedge de 60 à 80 verges depuis l'herbe longue, et laisser rouler. Scheffler, lui, a été plus direct: « The ball's just going to run for forever pretty much », la balle va rouler pratiquement pour toujours (traduction libre), en comparant les conditions au Old Course de 2022. ESPN rappelle qu'aucun Open n'a présenté des allées aussi fermes depuis le sacre de Francesco Molinari à Carnoustie en 2018, et les prévisions n'annoncent à peu près aucune pluie d'ici dimanche.
Détail qui pique: les allées, resserrées lors de la rénovation de 2024, pardonneront encore moins les coups de départ paresseux. On vous détaillait hier soir la stratégie qui a remplacé le débat d'héritage; vingt-quatre heures plus tard, le plateau au complet chante la même chanson.
Pourquoi ça compte: une saison dominante sans trophée
Le paradoxe Scheffler mérite qu'on s'y attarde, parce qu'il définit l'enjeu de la semaine. Le golfeur de 30 ans n'a pas gagné depuis l'American Express du 25 janvier, malgré quatre deuxièmes places et des top 25 à tous ses départs sauf un. Une saison que 99 % du circuit signerait des deux mains, mais une disette selon ses standards: sept victoires en 2024, six en 2025. Et l'histoire lui offre un sommet à gravir: personne n'a défendu avec succès le Claret Jug depuis Padraig Harrington en 2008 et 2009. Interrogé encore une fois sur sa place dans l'histoire, Scheffler a servi une réponse d'une franchise désarmante: « This is going to sound a little morbid... at the end of the day, I'm going to live my life, and it's going to end », ça va sonner un peu morbide, mais au bout du compte, je vais vivre ma vie et elle va se terminer (traduction libre). Un gars détaché du résultat, reposé, avec deux jours d'avance sur ses rivaux dans la lecture d'un parcours qui exigera justement de la patience: le profil du favori à 7 contre 1 n'a jamais semblé aussi cohérent.
Ailleurs sur les circuits: Pendrith a rendez-vous avec sa saison
Pendant que Birkdale monopolise les caméras, le rendez-vous le plus lourd de conséquences pour le golf canadien se joue à Punta Cana. Le Corales Puntacana Championship, déplacé d'avril à juillet et co-sanctionné avec le DP World Tour, s'amorce jeudi avec Taylor Pendrith parmi les têtes d'affiche. Sa deuxième place en prolongation à l'ISCO Championship l'a fait bondir du 97e au 79e rang de la FedEx Cup, son meilleur résultat de 2026, mais toujours à l'extérieur du top 70 qui accède aux séries. Avec seulement trois départs réguliers après cette semaine, chaque point compte, et le vainqueur en empoche 300. Garrick Higgo défend son titre sur un tournoi qui n'a jamais couronné deux fois le même homme. Plus près de nous, le PGA Tour Americas lance jeudi le Commissionaires Ottawa Open, où Savoie et Papineau portent les espoirs de Saint-Jean-sur-Richelieu. La LPGA, elle, souffle après Évian: prochain arrêt à Dundonald Links du 23 au 26 juillet, où Lottie Woad défendra son titre du Women's Scottish Open. Et l'élite amateur d'ici est en pleine action: le championnat provincial amateur masculin se dispute jusqu'à jeudi au club de golf St-Georges, en Beauce, pendant que le provincial féminin conclut aujourd'hui à Elm Ridge [À VÉRIFIER : meneurs et pointages après les rondes de mardi, non publiés dans les sources consultées].
Mercredi appartient aux dernières conférences et aux derniers ajustements; jeudi, on parle enfin golf. On surveillera trois choses: le vent annoncé sur la côte anglaise, la position de Pendrith après 18 trous dans la chaleur dominicaine, et les noms qui sortiront de St-Georges et d'Elm Ridge. Et gardez des forces pour dimanche: la ronde finale de l'Open partagera l'affiche avec la finale de la Coupe du monde et le Grand Prix de Belgique. Toute une journée pour rester assis dans le salon.