Scheffler rate un court roulé, Hovland gagne le Travelers

PGA

Le numéro 1 mondial ne perd presque jamais. Lundi matin, à Cromwell, un roulé de moins de quatre pieds manqué a suffi pour faire mentir la statistique et offrir à Viktor Hovland sa première victoire en quinze mois.

On a tellement l'habitude de voir Scottie Scheffler enterrer ses adversaires qu'on en oublie une vérité toute simple: il reste un humain avec un putter entre les mains. Le Travelers Championship 2026 nous l'a rappelé de la plus cruelle des façons. Après un dimanche noyé sous la pluie et stoppé par la noirceur, les playoffs entre Scheffler et le Norvégien Viktor Hovland s'est réglé en un seul trou, lundi matin, et c'est le meilleur joueur de la planète qui a cligné des yeux. La vraie histoire du jour n'est pas seulement le retour gagnant de Hovland, c'est la faille, rarissime, du joueur qu'on croyait increvable.

Le 4 pieds qui a fait basculer le Travelers

Les deux hommes sont revenus lundi à 9 h sur le normale-4 du 18e du TPC River Highlands, à égalité à -21 après 72 trous. Pas de round à terminer, juste un trou pour finir ça. Les deux ont trouvé le centre du fairway. Scheffler a déposé son fer sur le vert sous les cris de quelque 3 000 spectateurs, puis Hovland a répondu en collant son approche à un peu moins de sept pieds. Son roulé, en descente avec une cassure prononcée de gauche à droite, a embrassé le bord intérieur droit de la coupe pour un Birdie. Restait à Scheffler un court roulé de moins de quatre pieds pour forcer un deuxième trou. La balle a glissé sur le bord à gauche. « J'ai frappé sur ma ligne, je pense que c'était juste un peu trop ferme », a reconnu Scheffler. « C'est décevant, surtout avec les roulés que j'ai calés hier soir pour rester dans le tournoi. » C'est lui, pourtant, qui avait rendu ce lundi possible, en sauvant un Par de huit pieds dans la pénombre au 72e trou la veille. La bourse du signature event, dotée de 20 millions de dollars, a versé 3,6 millions au champion et 2,16 millions au dauphin.

Hovland, le retour d'un perfectionniste obsessionnel

Cette victoire, la huitième de Hovland sur le PGA Tour et la dixième dans le monde, met fin à une disette de quinze mois: son dernier titre remontait au Valspar Championship de mars 2025, soit 146 départs plus tôt. Le Norvégien est un cas particulier, un bricoleur compulsif qui démonte et remonte sans cesse son élan, ce qui explique ses traversées du désert autant que ses retours en force. N'empêche, il a gagné lors de six de ses sept saisons complètes sur le circuit, 2024 étant la seule année blanche. En barrage, sa fiche grimpe à 2-0, et il a converti cinq de ses six tournois menés ou co-menés après 54 trous, son unique faux pas étant l'Omnium britannique de 2022 à St. Andrews. « Je sais à quel point je peux être bon, alors je continue de me pousser, et quand je rate la cible, ça me met vraiment en rogne », a-t-il confié. La récompense est immédiate: ce titre le propulse de 36 rangs au classement de la Coupe FedEx, jusqu'au 20e échelon, et lui redonne le contrôle de sa qualification pour le Championnat du Tour.

Scheffler, la faille rarissime du numéro 1

Voici pourquoi ce roulé manqué vaut son pesant d'or analytique. Scheffler n'est pas en panne, loin de là: sans victoire depuis le premier tournoi de l'année, le American Express, il a tout de même empilé quatre deuxièmes places, dont deux perdues en barrage, huit top 5 et une quatrième position à l'Omnium des États-Unis la semaine dernière. Sa défaite de lundi représente surtout sa 35e présence consécutive dans le top 25, deuxième plus longue séquence des quarante dernières années derrière le seul Tiger Woods (38). Il compte aussi 16 top 10 en signature events depuis 2024, plus que quiconque sur le circuit. Autrement dit, ce n'est pas un creux de vague, c'est l'exception qui confirme la domination: quand le meilleur joueur du monde rate de quatre pieds, ça devient une nouvelle parce que ça n'arrive presque jamais. Lui-même refusait de noircir le tableau. « J'ai joué solidement sur quatre jours », a-t-il résumé. « Quelques coups que j'aimerais reprendre, mais dans l'ensemble une bonne semaine, et je sens que mon jeu est à la bonne place. »

Le chant viking et l'honneur canadien

Le barrage avait des allures de mini Mondial. Des partisans norvégiens, de passage à Boston pour la Coupe du monde de soccer et encore vêtus de leurs maillots, scandaient « Hov-land! » à chacun de ses pas, pendant que les Américains ripostaient par des « Scot-tie Scheff-ler! » pour les couvrir. Clin d'oeil du calendrier: la Norvège dispute son prochain match à Dallas, ville natale de Scheffler. Hovland devient le premier Norvégien à gagner le Travelers et le premier vainqueur international à Cromwell depuis Russell Knox en 2016. Côté canadien, Corey Conners a sauvé l'honneur avec une solide septième place et un chèque de 670 000 dollars, devant Nick Taylor, 25e: nos représentants tiennent encore le rythme dans les plus gros rendez-vous de l'été.

Au bout du compte, le Travelers 2026 restera comme la semaine où l'on a revu un Scheffler faillible et un Hovland capable de saisir l'ouverture, fût-elle large d'un demi-pouce sur le bord d'une coupe. Le Norvégien repart vers les séries de la Coupe FedEx et l'Omnium britannique avec un trophée et une certitude retrouvée. Scheffler, lui, demeure le numéro 1 incontesté, mais le circuit vient d'apprendre une chose précieuse à l'aube des grands rendez-vous: oui, on peut le battre. Encore faut-il, comme Hovland, oser amener son meilleur golf quand ça compte.

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