De ton club junior jusqu'à la PGA : le vrai chemin (pis le temps que ça prend)

Crédit photo - Bernard Brault

Antoine Jasmin, Anthony Jomphe, Émile Lebrun… nos jeunes cognent fort. Mais concrètement, ça marche comment, se rendre sur la PGA ? On te décortique le processus étape par étape.

Cet été, on a vu des jeunes Québécois faire des rondes de fou : un 60 au Duc de Kent, un titre canadien universitaire, un top 5 mondial junior. Pis là tu te demandes : c'est quoi le chemin, pour vrai, entre gagner un tournoi junior à Blainville pis se pointer un jeudi matin sur le PGA Tour ?

Mauvaise nouvelle : C'est pas un ascenseur, c'est une échelle. Bonne nouvelle : les barreaux sont clairs. On regarde ça ensemble.

L'échelle, en gros

Avant le détail, voici la carte : golf junior → collège américain (NCAA) → tours de développement (PGA Tour Americas, pis Korn Ferry) → PGA Tour. Y'a des raccourcis pis des chemins qui se croisent, mais l'immense majorité du monde monte par là. Chaque barreau, faut le mériter. Personne saute des étapes juste parce qu'il a un beau swing.

Barreau 1 - Le junior : là où tout part (14-18 ans)

C'est le stade où sont Émile Lebrun, Alexis Rouleau pis Justine Emond en ce moment. L'objectif ici, c'est double : accumuler des résultats (NextGen, Golf Québec, Golf Canada, pis grimper au classement mondial amateur, le WAGR) pis te faire remarquer par une université américaine. Parce que le vrai billet à gagner à cet âge-là, c'est une bourse d'études aux États. Sans ça, la suite est pas mal plus dure.

Barreau 2 - Le collège américain : 4 ans dans la NCAA (18-22 ans)

C'est le terrain d'entraînement numéro un du golf pro. Antoine Jasmin s'en va justement à Oregon State, dans la NCAA Division 1 - le plus haut calibre du golf universitaire. Quatre ans à jouer les meilleurs tournois collégiaux, à voyager, à te bâtir un dossier. C'est là que se construisent les classements qui vont te servir juste après.

Petit astérisque : y'a des variantes. Anthony Jomphe, lui, a fait son chemin par le réseau universitaire canadien avant de s'en aller faire une maîtrise à St. Thomas, au Minnesota. Tous les chemins ne passent pas par la D-1 américaine, mais c'est l'autoroute la plus fréquentée.

Barreau 3 - PGA Tour University : le pont (vers 22 ans)

Ici, ça devient sérieux. Le PGA Tour University, c'est un classement des finissants universitaires basé sur leurs deux dernières années. Après le championnat national de la NCAA, en mai, les meilleurs décrochent un statut professionnel garanti :

  • Le no 1 obtient sa carte de la PGA Tour direct. Pas de détour, pas de Q-School. (C'est comme ça que des Ludvig Åberg pis des Scottie Scheffler ont sauté sur le circuit.)

  • Les suivants (top 20-25) se retrouvent avec un statut sur le Korn Ferry Tour ou le PGA Tour Americas,  les tours de développement.

Y'a même une porte pour les phénomènes qui veulent pas attendre leur année de finissant : le PGA Tour University Accelerated. Tu amasses 20 points (majeurs amateurs, top 5 mondial, gros résultats chez les pros) pis tu gagnes ta carte avant même de finir tes études. Trois gars l'ont fait à date, Gordon Sargent, Luke Clanton, Jackson Koivun. C'est rare, c'est pour les freaks.

Barreau 4 - Les tours de développement : la vraie job (22-25 ans et +)

C'est ici que sont Joey Savoie pis Étienne Papineau en ce moment, sur le PGA Tour Americas. Ce circuit-là, c'est 15 tournois dans 9 pays, des Amériques du Nord pis du Sud, d'avril à octobre. L'objectif : finir dans le top 10 de la liste des points à la fin de la saison pour gagner ta carte du Korn Ferry Tour. (Bonus : trois victoires dans la même saison pis tu montes automatiquement, sans attendre.)

C'est exactement pour ça que chaque ronde de Savoie pis Papineau compte : ils courent après ces points-là. Le Korn Ferry, c'est le dernier barreau avant le sommet, pis chaque année, les 20 meilleurs au classement décrochent leur carte de la PGA Tour. (C'était 30 avant 2025 : la porte a rétréci.)

Barreau 5 - Le raccourci brutal : la Q-School

Si t'as pas de carte par les autres chemins, y'a la Q-School - l'école de qualification. Plusieurs stages, le champ qui rapetisse à chaque tour, pis au bout : seulement 5 cartes de la PGA Tour pour les meilleurs de la finale. Une semaine, tout ou rien. C'est du golf-gladiateur : un trois-putts au mauvais moment pis ton année vient de sauter. (Fait cocasse : le Canadien A.J. Ewart a dominé la finale de la Q-School l'an passé.)

Pis le timeline, ça donne quoi ?

Grosso modo, si tout déboule parfaitement :

  • 14-18 ans : tu domines le junior, tu décroches ta bourse.

  • 18-22 ans : quatre ans dans la NCAA.

  • 22-25 ans et + : tu grindes les tours de développement (Americas, Korn Ferry).

  • Milieu de la vingtaine : ta carte de la PGA… si les astres s'alignent.

Faut être honnête : c'est long, c'est cruel, pis la grande majorité ne s'y rend jamais. Des gars passent des années sur les mini-tours sans percer. Le talent, c'est le minimum d'entrée, après, c'est de la constance, de l'argent, pis pas mal de chance.

Le twist : la game change en 2028

Pis là, l'affaire que personne mentionne : tout ce qu'on vient de décrire s'en va changer. Avec la réforme de la PGA qui embarque en 2028, le Korn Ferry va se transformer en « Challenger Series », le deuxième niveau d'un système à deux vitesses avec promotion pis relégation. Autrement dit, un jeune de 16 ans qui commence à grimper l'échelle aujourd'hui va arriver en haut dans un système différent de celui d'aujourd'hui. À suivre de proche.

Où sont nos Québécois sur l'échelle, là ?

Y’en a 3 qui sont rendus pas mal haut dans l’échelle :

  • Joey Savoie - La route classique du golf universitaire américain. Après avoir dominé le junior québécois (Saint-Jean-sur-Richelieu), il file en NCAA à Middle Tennessee State (diplôme en comptabilité), devient l'un des meilleurs amateurs au pays, jusqu'au 24e rang mondial amateur, golfeur amateur canadien de l'année 2018, membre d'Équipe Canada (amateur, puis programme Jeune Pro). Il passe pro en 2020, en pleine pandémie, pis il grimpe les circuits de développement (PGA Tour Canada → PGA Tour Americas), où il a signé sa première victoire en 2026 (Équateur) et fait sa première coupure sur la PGA au RBC Canadien. 

Résumé : junior → NCAA → Équipe Canada → pro → PGA Tour Americas. Il est à un cran du Korn Ferry.

  • Étienne Papineau - Junior à Golf Québec, équipe nationale à 17 ans (deux Coupes du monde junior au Japon), CEGEP aux Lions de St. Lawrence–Champlain, puis NCAA à West Virginia (5 saisons, bac + MBA). Décoré chez les amateurs (champion provincial, double champion match-play, T2 au Duc de Kent 2017). Pro vers 2022, il gagne la Coupe Canada Victoriaville en 2023 (1er pro québécois à l'emporter). Il décroche sa carte du Korn Ferry en 2024, l'antichambre de la PGA, la garde un an, mais perd son statut en 2025. En 2026, il redescend d'un cran sur le PGA Tour Americas, où il a déjà gagné (Victoria).

    Résumé : junior → CEGEP → NCAA → pro → Korn Ferry → relégué au PGA Tour Americas. Son cas illustre LA vérité de l'échelle : ça monte pis ça descend.

  • Maude-Aimée LeBlanc - De Sherbrooke. Golf junior québécois, puis NCAA à l'Université Purdue (études en psychologie). Elle passe pro en 2011 et décroche sa carte de la LPGA du premier coup à la Q-School (saison 2012). Longue frappeuse (6'1", elle a déjà mené le circuit au driving distance), sa carrière a été en dents de scie entre la LPGA et le circuit satellite (Symetra/Epson), ralentie par des blessures, meilleur résultat une T7 à l'Omnium d'Australie 2017, meilleure saison en 2022 (à un cheveu d'une place olympique).

    Résumé : junior → NCAA (Purdue) → LPGA via Q-School.

Faque la prochaine fois que tu vois un de nos jeunes gagner un tournoi, tu sauras exactement ce que ça vaut sur l'échelle. Pis nous autres, on va les suivre barreau par barreau, parce que c'est ça, parler de golf différemment.

Sources : PGA Tour (University, Americas, Éligibilité), Golf Monthly, Golf Digest.

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