Dernier au Travelers, Glover mène le John Deere

PGA

Il y a sept jours, Lucas Glover fermait la marche au Travelers. Jeudi, il menait le John Deere avec un 63 sans faute. Entre les deux, une leçon qui n'a rien de technique.

Le golf est le seul sport où l'on peut passer du dernier rang au premier en changeant une virgule dans son élan et une phrase dans sa tête. La preuve nous vient de Lucas Glover, 46 ans, champion de l'US Open 2009, qui a ouvert le John Deere Classic avec un 63 (8 sous le Par) sans le moindre Bogey à TPC Deere Run. La vraie histoire du jour n'est pourtant pas dans sa carte de pointage. Elle est dans ce qu'un vétéran de son calibre a osé dire au micro sur la manière dont il se traite lui-même.

Du fond du classement à la tête, en une semaine

Reculons de sept jours. Au Travelers Championship, Glover signe un 75 au premier tour: cinq Bogey, zéro Birdie, dernier après 18 trous, pendant que son partenaire de jeu Eric Cole allumait le tableau avec un 63. Il finira T-66 à Hartford, sauvé par trois rondes sous le Par en fin de semaine.

Jeudi, à Silvis en Illinois, le scénario s'inverse au complet. Glover partage la tête avec Zac Blair, qui a lui aussi rendu une carte de 63. Pour Glover, ce 63 est son deuxième meilleur pointage en 53 rondes en carrière sur ce parcours, derrière le 62 réussi au deuxième tour en 2013. « J'ai jamais vu les allées aussi fermes ici », a résumé le champion de 2021, qui a profité d'allées rapides, de verts réceptifs et d'un vent tombé pour attaquer les drapeaux.

Un fondamental réglé, pas un coup de baguette

Attention au mirage: un 63 ne tombe pas du ciel. TPC Deere Run est un festival de Birdie notoire, un parcours où l'on ne gagne pas en jouant la sécurité. Mais Glover a aussi remis la main sur quelque chose de concret. Après son dimanche au fond du peloton, il a testé des ajustements en ronde, puis a revu la vidéo lundi avec Jason Baile, nommé enseignant de l'année 2025 par la PGA of America. Le diagnostic: un montée de bâton qui se « soulevait », un tour d'épaules qui s'arrêtait trop tôt, et au bout, une balle qui pouvait partir des deux bords. « Tourner un peu plus bas, plus à plat, sans laisser ça monter », a-t-il décrit. Traduction pour le golfeur du dimanche: quand la montée devient trop verticale, le club perd son plan et la face devient imprévisible. Un détail invisible à l'oeil nu, décisif sur l contact.

« Personne ne me déteste plus que moi »

Voici le coeur de l'affaire. Interrogé sur le fait de se montrer plus indulgent envers lui-même, Glover a livré la ligne la plus honnête de la journée: « nobody hates me more than me », personne ne me déteste plus que moi, surtout sur un terrain de golf. Et d'ajouter cette vérité que tout golfeur connaît dans ses tripes: « C'est un jeu difficile, et plus vous êtes dur envers vous-même, plus vous le rendez difficile. » Le propos n'est pas anodin cette semaine. Lundi, Viktor Hovland, en gagnant le Travelers en prolongation, avait tenu exactement le même discours: « be a little bit kinder to myself », être un peu plus gentil avec moi-même, après avoir avoué s'être « démoli un peu trop ». Deux joueurs, deux générations, un même constat: le pire adversaire porte souvent votre nom. Pour une discipline qui glorifie le travail acharné et les sessions de sept heures au champ de pratique, c'est un petit changement de culture qui se dessine à voix haute.

Ce qu'on surveille pour la suite

Reste la vraie question: Glover peut-il tenir trois jours de plus? L'homme n'est pas un feu de paille. En août 2023, à 43 ans, il avait enfilé le Wyndham Championship puis la FedEx St. Jude Championship en prolongation sur Patrick Cantlay, un doublé sorti de nulle part après des années de yips au putter, réglés en passant à un modèle armlock. Il sait ce que c'est que de transformer un déclic en série. À 46 ans, il repart vendredi à 13h34 (HE) avec la tête d'un tournoi doté de 8,8 M$, sur un parcours qu'il connaît par coeur. Le même refrain que celui qui a porté Hovland la semaine dernière, quand le Travelers s'est décidé en prolongation le lundi, flotte sur le vestiaire: jouer libéré, s'accorder le droit de bien faire. Si Glover s'écoute, ça vaut peut-être plus qu'une leçon d'élan.

Un golfeur d'ici retiendra ceci, entre deux rondes de son propre été: le talent règle les coups, mais c'est la tête qui règle les cartes. Glover l'a prouvé en sept jours. À nous de swinguer notre swing avec un peu plus de clémence.

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