« Je me suis dit : c'est peut-être ton dernier tournoi » - Étienne Papineau se vide le cœur
Avant de gagner à Osprey Valley, le golfeur de Saint-Jean-sur-Richelieu jouait sa carrière sur une seule ronde en Colombie. Il nous raconte l'année où il a arrêté de croire, pis celle où il a arrêté de penser. Épisode complet sur YouTube.
Tu as vu le roulé. Tu as vu le poing en l'air au deuxième trou de prolongation au TPC Toronto. Ce que tu n'as pas vu, c'est le gars qui, cinq mois plus tôt, se tenait sur un tertre de départ en Colombie en se demandant si c'était la dernière fois de sa vie qu'il jouait un tournoi professionnel.
C'est là qu'on a commencé l'entrevue. Pis honnêtement, on ne s'attendait pas à ce qu'il aille aussi loin.
Cinq coupures ratées, pis un compte à rebours
Papineau avait accès aux six premiers tournois de la saison 2026. Il a manqué la coupure aux cinq premiers. Le calcul était brutal, pis il le savait en arrivant au sixième, en Colombie.
« Si je manquais la coupure, ma saison était terminée. Je me suis dit : c'est peut-être ton dernier tournoi, pour être franc, au niveau compétitif. Si je perds ma carte, je ne sais pas ce que je fais. »
Ce n'était même pas une mauvaise séquence de cinq semaines. Ça faisait, selon ses mots, presque un an que rien ne marchait, une saison difficile sur le Korn Ferry, une relégation au PGA TOUR Americas, pis l'impression désagréable de reculer.
« Au lieu de m'en aller en m'améliorant, la dernière année, ça s'en allait de l'autre bord. Je me suis remis en question beaucoup. Il y a beaucoup de doutes qui se sont installés en dedans de moi. »
Il a fini 2e en Colombie.
La solution ? Arrêter de chercher la solution
Pendant un an, Papineau a cherché. Le swing. Le chipping. Le putting. Chaque semaine, quelque chose de différent. Chaque semaine, la même réponse.
« J'essayais de trouver des solutions dans mon swing, dans mon chipping, dans mon putting. À chaque tournoi, j'essayais de quoi de différent, pis à chaque semaine ça ne marchait pas. »
Le déclic, en Colombie, tient en une phrase qu'on va s'encadrer au bureau :
« Je me suis juste dit : arrête de penser à ton swing, pis va jouer le golf que tu étais capable de jouer avant. »
Traduction : swingue ton swing. On n'invente rien, on l'a juste écrit sur nos chandails avant lui.
Deuxième morceau du casse-tête, plus discret mais peut-être plus déterminant : après sa 3e ou 4e coupure ratée, il est retourné voir son ancienne équipe. Sylvain Guimond , avec qui il avait déjà travaillé, pis son ancien entraîneur de Québec, Fred Colgan
« Sylvain a réussi à me redonner confiance. Il m'a juste rappelé à quel point j'étais un bon joueur, pis qu'il fallait que j'y croie. Tant que tu n'y crois pas, tu n'auras pas le résultat. »
La ronde finale : zen, pis en dernier groupe avec les deux meilleurs
Dimanche, Papineau part cinquième, à -13. Le meneur est à -17 . Il joue avec les numéros 1 et 2 du classement général.
Sa stratégie ? Il n'en avait pas.
« Je n'avais pas de pointage en tête. Je me suis juste dit : tu joues avec les deux meilleurs au classement, ça va être une belle journée. Je ne me suis pas laissé intimider. »
Ce qui l'a frappé lui-même, c'est son état d'esprit, parce que ce n'est pas son personnage habituel.
« Pour quelconque raison, j'étais zen. Je n'ai pas paniqué de la fin de semaine. Je suis quand même un gars émotif sur un terrain de golf, des fois je me laisse emporter quand ça ne va pas de mon bord. Là, j'ai été super zen. »
Ajoute à ça un putter qui est devenu chaud: « je ne suis pas reconnu pour être un énorme putteur », admet celui qui se décrit d'abord comme un frappeur, pis tu as une carte de 64 (-6) qui rejoint Jack Lundin à -19.
Le détail que personne n'a relevé : Lundin a un problème avec Saint-Jean
En prolongation, l'adversaire de Papineau, c'est Jack Lundin. Le même Jack Lundin qui avait perdu une prolongation contre Joey Savoie plus tôt cette saison.
« Il a peut-être quelque chose contre les Québécois. Ou contre Saint-Jean, peut-être. » (rires)
Le premier trou supplémentaire, Papineau ne le voit pas venir :
« Après mon coup de départ, je ne m'attendais pas à gagner. Les odds n'étaient vraiment pas de mon bord, je m'étais mis dans le trouble. »
Il sauve la normale avec ce qu'il appelle « un des roulés les plus clutch de ma carrière ». Lundin a un 25 pieds pour gagner. Il le manque.
Au deuxième trou, Lundin part dans le bois, trois, quatre coups pour en ressortir. Papineau, lui, est au milieu de l'allée.
« Rendu là, c'était même plus de gagner. C'était juste de ne pas perdre. Si tu perds à ce moment-là, c'est parce que tu ne mérites pas de gagner. »
Joey Savoie a fait demi-tour sur la route
C'est peut-être le moment le plus touchant de l'heure qu'on a passée avec lui.
Savoie avait fini sa ronde. Il était reparti. En chemin, il voit qu'Étienne a une chance de gagner. Il fait demi-tour.
« Quand j'ai su qu'il avait fait demi-tour… ça me fait chaud au cœur. Ça veut dire qu'il tient à ma victoire, à ma carrière. »
Pis quand on lui parle de rivalité entre les deux gars de Saint-Jean-sur-Richelieu, il coupe court :
« Il n'y a pas juste un gars qui peut aller sur le PGA TOUR, il y en a plusieurs. Tant qu'à rivaliser un contre un, c'est plus : on va y aller ensemble. Si on est capables de monter tous les deux sur le Korn Ferry cette année, ça va être un beau moment dans le golf québécois. »
Il en dit beaucoup plus sur sa relation avec Savoie dans l'épisode, pis sur ce qu'ils mettent dans l'eau à Saint-Jean-sur-Richelieu pour produire des golfeurs de même.
Ce qu'on ne t'a pas raconté ici
Il y a une partie de cette entrevue qu'on ne va pas te résumer, parce qu'elle ne se lit pas. Elle s'écoute.
Le rituel qu'il fait avant chaque premier coup de départ depuis 2014. Il parle à quelqu'un. Il ne l'a peut-être oublié que quatre ou cinq fois en dix ans.
Ce qu'il changerait à son parcours junior s'il recommençait aujourd'hui. La réponse est plus courte que tu penses, pis il y a un seul regret dans toute sa carrière.
Les questions éclair. Le plus beau swing au monde. Son parcours préféré au Québec. Le bâton qu'il ne sortirait jamais de son sac. Pis une entrée de restaurant qu'il ne partage avec absolument personne. Personne.
« Dans cinq ans, Papineau est… » Il complète la phrase sans hésiter une seconde.
La suite pour Papineau
Trois semaines sans tournoi sur le PGA TOUR Americas, mais pas trois semaines de congé. Papineau et Savoie seront tous les deux à la Coupe Canada de Victoriaville, du 13 au 16 août. Cette semaine, par contre, le champion n'avait pas retouché à ses bâtons depuis dimanche : cinq semaines sur la route, quelques bobos mineurs à laisser reposer.
Il est 5e sur la liste des points de la Fortinet Cup. Les dix premiers obtiennent leur carte du Korn Ferry pour 2027.
Pis nous, on sera à Victoriaville. Une semaine complète avec Joey Savoie, inside the ropes, caméra à la main. Reste connecté.