Yellamaraju, la recrue autodidacte qui mène les Canadiens
Le meilleur Canadien au classement de la FedEx Cup n'a jamais pris une leçon de golf de sa vie. À l'aube des séries, il est temps d'apprendre à prononcer Sudarshan Yellamaraju.
Pendant que les séries de la FedEx Cup approchent et que la moitié du contingent canadien se ronge les ongles, un nom trône tout en haut de la liste des nôtres, et ce n'est ni Corey Conners, ni Nick Taylor, ni Taylor Pendrith. C'est Sudarshan Yellamaraju, 24 ans, une recrue de Mississauga qui a appris son swing dans des vidéos YouTube, avec des bâtons loués, dans un centre de pratique intérieur de Winnipeg.
Selon TSN, il pointe au 53e rang du classement FedEx, devant Conners (56e) et Taylor (59e), et sa place au premier tournoi des séries est considérée comme acquise. La vraie histoire n'est pas le rang: c'est le chemin, probablement le plus improbable de tout le circuit.
Un swing bâti sur YouTube, sans un seul coach
Né en Inde, Yellamaraju est arrivé à Winnipeg à l'âge de 4 ans, quand son père y a été muté pour le travail. Pas de club privé, pas d'académie: il a fait ses classes dans un centre intérieur, avec des bâtons de location, en décortiquant des vidéos de Tiger Woods et de Rory McIlroy trouvées en ligne. Il n'a jamais pris une leçon formelle de golf.
Il a ensuite fait l'impasse sur l'université, un passage pourtant considéré comme obligé vers le circuit, pour passer pro à 19 ans et gravir un à un les échelons des circuits canadiens puis du Korn Ferry Tour, où sa saison 2025 lui a valu sa carte du PGA Tour. « Au golf, il n'y a pas une seule bonne façon de jouer, expliquait-il à TSN en mars (traduction libre). Au bout du compte, il faut juste mettre la balle dans le trou en un minimum de coups. » Dans un sport obsédé par les données biomécaniques et les entraîneurs à 1 000 $ l'heure, le pied de nez est magnifique.
Le week-end qui a tout changé à Sawgrass
Sa carrière a basculé en mars, au Players Championship, le tournoi le plus relevé de la saison. Après avoir arraché sa place sous la ligne de cut le vendredi, Yellamaraju a joué ses 36 derniers trous en -10, avec des rondes de 66 et 68, pour finir à égalité au 5e rang, devant Tommy Fleetwood, Justin Thomas et Brooks Koepka. Le dimanche, jumelé à J.J. Spaun, il a vu les partisans s'agglutiner autour de son groupe. « C'était vraiment une semaine formidable », résumait-il ensuite à la radio de TSN (traduction libre).
Le chèque de 925 000 $US dépassait à lui seul tout ce qu'il avait gagné en 73 tournois comme professionnel. Mais sa lecture de l'exploit en dit long sur sa maturité: « L'argent, c'est de l'argent, mais l'essentiel, ce sont les points, et le bond au classement mondial est énorme » (traduction libre).
Ce bond: 71 places au classement mondial, jusqu'au 145e rang, alors le cinquième meilleur golfeur canadien.
Pourquoi ça compte: la recrue a renversé la hiérarchie
Il faut mesurer l'anomalie. Depuis des années, le golf canadien masculin repose sur le même quatuor établi: Conners, Taylor, Pendrith, Hughes. Or, à une semaine de la fin de la saison régulière, c'est une recrue qui les devance tous au cumulatif. Yellamaraju a empilé trois top 10 cette saison, dont une égalité au 8e rang à l'Omnium canadien RBC en juin, où il a terminé meilleur Canadien au TPC Toronto, avant de faire ses débuts en Omnium des États-Unis à Shinnecock Hills.
Pendant ce temps, Pendrith (82e) et Hughes (114e) se battent encore pour leur billet, une course que nous avons détaillée dans notre état des lieux du couperet FedEx. Rappel utile pour les nouveaux venus: seuls les 70 premiers du classement accèdent aux séries, qui s'amorcent le 13 août au FedEx St. Jude Championship de Memphis.
Une qualification, pour une recrue, c'est bien plus qu'un trophée d'étape: ce sont des bourses majorées, des points précieux et, en cas de top 50, l'accès aux tournois «signature» de 2027, ces événements à bourses géantes et à points bonifiés.
La suite: Memphis en ligne de mire
Il reste deux tournois à la saison régulière, le Rocket Classic à Détroit cette semaine puis le Wyndham Championship du 5 au 9 août, avant que le couperet tombe. Pour Yellamaraju, l'enjeu n'est plus la survie, mais l'élan: consolider son rang, viser ce top 50 qui changerait la géographie de sa saison 2027, et montrer que Sawgrass n'était pas un accident.
On surveillera aussi la suite du duel à distance avec l'autre recrue de l'heure, Jackson Koivun, vainqueur du 3M Open à sa troisième présence chez les pros. Le gamin qui imitait Tiger dans un dôme de Winnipeg s'apprête à disputer ses premières séries éliminatoires sur le PGA Tour. Si vous cherchiez une raison de suivre le golf d'août d'un œil canadien, la voilà.