Drew Nesbitt, le Canadien que personne n'attendait

Personne ne l'avait sur son radar en début de semaine. Le voilà pourtant seul en tête d'un tournoi du Korn Ferry, à un tour d'un exploit qui pourrait redessiner sa saison

Pendant que les joueurs de la PGA se battent pour le chèque de 20 M$ du Travelers Championship, la vraie histoire canadienne de la fin de semaine s'écrivait un étage plus bas, à Springfield, en Illinois. Drew Nesbitt, un Ontarien de 31 ans qui pointait au 144e rang du classement de points de la Korn Ferry Tour avant jeudi, se présente ce dimanche seul en tête du Memorial Health Championship, à 21 coups sous le Par. Pour un joueur sans top-10 cette année, c'est plus qu'une bonne semaine: c'est la fenêtre d'une carrière.

Un 60 pour lancer la machine

Tout est parti d'une ronde d'ouverture qu'on n'oublie pas. Jeudi, Nesbitt a signé un 60 (-11) à Panther Creek, avec huit Birdies et deux Eagles contre un seul Bogey. C'est son meilleur pointage sur 18 trous en carrière sur le Korn Ferry, et ça égale le record du tournoi. Il a tenu la tête au premier tour, l'a cédée à l'Américain Will Cannon (un 61 au deuxième) avant de la reprendre samedi. Au terme de 54 trous, il devance d'un coup un quatuor logé à 20 sous le Par: Tommy Morrison, le vétéran Troy Merritt, Michael Johnson et Frankie Harris. Bref, le coussin est mince et la chasse, relevée.

Un parcours qui sort des sentiers battus

Ce qui rend l'histoire savoureuse, c'est le chemin parcouru. Nesbitt a grandi dans la région de Barrie, au nord de Toronto, et vit aujourd'hui à Tampa, en Floride. Il est devenu professionnel en 2014, en sortant du secondaire, sans passer par le golf universitaire. La filière classique du talent nord-américain, il l'a sautée pour apprendre son métier sur la route.

Et quelle route. Entre 2018 et 2022, il a disputé 25 départs sur le PGA Tour Latinoamérica, où il a décroché son premier titre sanctionné par la PGA, à l'Omnium du Mexique. C'est aussi sur ce circuit qu'il a inscrit la seule ronde de 59 de l'histoire de la tournée, au deuxième tour de l'Omnium du Brésil. Une saison complète sur le PGA Tour Canada en 2022, puis une 8e place au classement final du PGA Tour Americas en 2025, portée par une victoire au Digital Commerce Group Open, lui ont enfin ouvert la porte de la Korn Ferry pour 2026. À sa première année sur le circuit, il en est à son 13e départ en carrière.

Pourquoi ce dimanche pèse aussi lourd

Voici le contexte qui transforme un bon week-end en moment charnière. Le Korn Ferry Tour, c'est l'antichambre directe du PGA Tour: au terme de la saison, les 20 premiers du classement de points gagnent leur carte pour le grand circuit, pendant que les rangs 21 à 60 conservent leur statut. Une victoire ici rapporte 500 points d'un coup, en plus de la bourse standard d'un événement régulier (autour de 1 M$, dont quelque 180 000 $US au gagnant).

Or Nesbitt arrivait à Springfield 144e, avec quatre rondes survécues en 12 départs et son meilleur classement de T26 (Astara Chile Classic). Autrement dit, il jouait pour sa survie, pas pour une carte. Un premier titre changerait tout: le bond au classement le sortirait des bas-fonds et le rapprocherait d'un coup de la zone des 20 élus. C'est la beauté brutale de ce circuit, où un seul dimanche peut faire passer un joueur de l'anonymat à la cour des grands.

Ce qu'on surveille dimanche

Reste le plus dur: convertir. Mener après 54 trous et n'avoir jamais gagné sur la Korn Ferry, ce n'est pas la position la plus confortable, surtout avec un Troy Merritt, ancien vainqueur sur le PGA Tour, en retard d’un coup. Nesbitt devra signer la meilleure ronde finale de sa jeune carrière sous pression pour tenir tête à un peloton qui n'a rien à perdre. Son histoire s'inscrit dans un courant qu'on suit de près: celui des Canadiens qui grimpent les échelons un barreau à la fois, comme cette autre belle surprise de l'été, la recrue Sudarshan Yellamaraju, partie elle aussi des circuits mineurs avant de cogner aux portes des séries.

Que Nesbitt lève ou non le trophée ce soir, sa semaine raconte déjà l'essentiel: le golf canadien ne se résume pas à ses vedettes du PGA Tour. Il se construit aussi, plus bas, par des grinders qui refusent de lâcher. On garde l'œil sur le pointage en provenance de Springfield. Et on surveille la suite du classement de points, parce que c'est là que se jouent, en silence, les vraies promotions de l'an prochain.

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