Le circuit asiatique quitte LIV pour l'alliance PGA-DP World
Pendant que Jon Rahm évitait les questions sur l'avenir de sa ligue en Angleterre, le circuit asiatique changeait de camp. Le mardi le plus lourd de conséquences de l'été s'est joué dans les bureaux, pas sur les verts.
Il y a des mardis sans tournoi qui pèsent plus lourd qu'un dimanche de majeur. Ce matin, le PGA Tour, le DP World Tour et le circuit asiatique ont annoncé un partenariat multiannuel qui court au moins jusqu'en 2029. Derrière le communiqué poli se cache un séisme: l'Asie, qui servait de deuxième étage à LIV Golf depuis 2021, rentre dans le giron de l'alliance stratégique. Le jour même, Jon Rahm refusait de confirmer qu'il jouera encore sur LIV en 2027. La vraie histoire du jour: l'écosystème du golf mondial se referme autour de la ligue saoudienne, par le bas et par le haut en même temps.
Ce que l'entente change, concrètement
Les mécanismes annoncés sont précis. Dès la saison 2027, les meneurs de l'ordre du mérite asiatique obtiendront des accès au DP World Tour ou au HotelPlanner Tour, son circuit de développement, avec les détails finaux attendus cet automne. Le DP World Tour recommencera aussi à co-sanctionner des tournois avec l'Asie, au moins deux par année de 2027 à 2029, une pratique qui remonte à 1999 avec des événements comme l'Omnium de Hong Kong, déjà gagné par un certain Rory McIlroy. Et une fois rendu en Europe, un joueur asiatique peut viser l'une des 10 cartes du PGA Tour offertes chaque saison via l'alliance. « Le moment est simplement le bon, tout est une question de timing.
Il y a six ans, c'était le bon choix de s'associer à LIV Golf, mais vu les circonstances actuelles, on devait regarder d'autres options », a expliqué le commissaire du circuit asiatique, Cho Minn Thant, à Golf Digest (traduction libre).
Le décryptage: LIV perd son étage du dessous
Voici pourquoi ça compte. Depuis 2022, le circuit asiatique hébergeait les International Series, ce groupe de tournois financé par un investissement d'environ 300 millions $US de LIV, qui servait de mécanisme de promotion et de relégation à la ligue: les deux premiers de l'ordre du mérite gagnaient leur place sur LIV, un argument central dans sa quête de points au classement mondial. Ce plancher vient de disparaître.
Pire: selon Golf Digest, les omniums nationaux asiatiques faisaient partie de l'inventaire que LIV offrait à ses investisseurs potentiels. Ils ne sont plus disponibles. L'Asie promet de maintenir les cinq International Series restantes en 2026 et de continuer à travailler avec le PIF au Saudi International, mais le message est limpide: après cette saison, elle regarde ailleurs. LIV pourra toujours tenir sa propre école de qualification, mais une ligue fermée sans étage inférieur, c'est une pyramide sans base.
Rahm, champion en sursis d'une ligue en sursis
Le contraste du jour était saisissant. Pendant que les communiqués tombaient, Rahm préparait le tournoi LIV du Royaume-Uni au JCB Golf and Country Club, où il vise un troisième championnat individuel consécutif. Interrogé sur son avenir, l'Espagnol a choisi ses mots comme on choisit un bâton au-dessus de l'eau: « On est en contact avec eux. On sait pas mal ce qui se passe », avant d'ajouter qu'il ne partagerait rien de plus (traduction libre).
Rappelons le contexte: le PIF, le fonds souverain saoudien, a confirmé en avril qu'il cesse de financer la ligue à la fin de la présente saison, et le PDG Scott O'Neil cherche depuis de nouveaux investisseurs pour 2027. Quand ton meilleur joueur répond au conditionnel et que ton circuit nourricier signe avec la concurrence le même jour, la colonne des mauvaises nouvelles s'allonge vite.
Une seule pyramide, et nos golfeurs dedans
Pour le golfeur d'ici, cette consolidation n'est pas qu'une chicane de bureaux. Le golf masculin se réorganise en une seule pyramide: circuits régionaux comme le PGA Tour Americas, où grimpent Joey Savoie et Étienne Papineau, circuits de développement comme le Korn Ferry et le HotelPlanner, puis les grands circuits au sommet. L'Asie vient de brancher sa filière sur cette structure, celle-là même qu'escaladent nos deux gars de Saint-Jean-sur-Richelieu, comme on vous le racontait dans notre article sur Savoie et Papineau à Osprey Valley. Moins de chemins parallèles, un seul escalier: c'est la vision que pousse le nouveau patron du PGA Tour, Brian Rolapp.